Un ptit tour et puis changeons

Voir le monde, c’est aussi apprendre à apprécier ce que l’on a

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Rêve, désillusion et lucidité : l’épreuve du Cambodge

Je rêve de visiter les temples d’Angkor depuis des années. C’est une image qui m’habite depuis mes années d’étudiante, un de ces lieux mythiques que l’on se promet de voir une fois dans sa vie. Nous arrivons au Cambodge avec cet espoir, cette excitation.

Mais très vite, une sensation désagréable s’installe. À peine sortis de l’aéroport, nous rejoignons notre hôtel… et tout semble forcé. On veut nous imposer un guide, un itinéraire. Le personnel est insistant. L’environnement est bruyant, peu propice au repos. Nous ressentons une forme de pression. Celle de devoir consommer. De devoir acheter un service, une visite, une course. Les vendeurs, les chauffeurs de tuktuks, les rabatteurs : tout semble réglé autour de notre présence. Et non pas autour d’un véritable échange.

La misère, ici, est différente de celle vécue en Inde. Elle semble plus dure, plus abrupte, plus chargée d’amertume. Peut-être parce qu’on ressent une forme de lassitude dans les regards. Peut-être aussi parce que nous sentons que nous sommes perçus comme des touristes à traire. Cette posture nous heurte. Elle nous fatigue.

Lucidité et confrontation à une réalité plus complexe

Heureusement, nous rencontrons des guides francophones, passionnés et cultivés, qui nous racontent l’histoire du Cambodge, ses blessures récentes, son contexte politique instable. Nous apprenons les ravages du régime des Khmers rouges, la pauvreté rurale persistante, les cicatrices invisibles qui traversent les générations. La crise du Covid a aggravé les choses : beaucoup ont perdu leur emploi dans le tourisme, et ont dû retourner à la terre. Le pays vit un recul social brutal.

Nos filles prennent conscience de leur chance. Elles posent des questions, elles observent. Elles mesurent le privilège de grandir dans un pays où l’on peut étudier, se déplacer, se soigner. Le voyage, ici, se fait plus politique, plus inconfortable aussi. Mais c’est une richesse en soi.

Beauté suspendue, solidarité active

Nous visitons enfin les temples d’Angkor. Et malgré le contexte, la magie opère. Le site est immense, fascinant, empreint d’un silence ancien. Nous déambulons entre les racines des figuiers étrangleurs, les visages sculptés, les escaliers abrupts. Le contraste avec le reste du séjour est saisissant. Ici, le temps semble suspendu. Le rêve tient, au milieu du chaos.

Un soir, nous assistons à un spectacle de cirque, organisé par une école d’insertion pour jeunes en difficulté. Ce moment fait du bien. Il est beau, sincère, généreux. Nous sentons que nous soutenons un projet local, engagé, porteur d’avenir. Une lueur au cœur du désordre.

Quand voyager questionne notre rôle, notre responsabilité

Le Cambodge nous laisse un sentiment mitigé. Ce n’est pas une destination “facile”. Mais elle nous oblige à regarder plus loin que l’expérience touristique. Elle nous rappelle que voyager, ce n’est pas simplement visiter. C’est aussi se confronter à des réalités, des tensions, des injustices. Et faire avec.

Ce que nous vivons ici alimente aussi notre vision de l’entrepreneuriat. Car chez Midipy, nous ne voulons pas seulement proposer des objets bien faits. Nous voulons faire les choses bien. En respectant le rythme des gens, sans chercher à forcer ou imposer. En tissant des liens de qualité, dans le temps long, dans la confiance.

Nous refusons les logiques de pression, de renouvellement frénétique, de communication bruyante.

Se confronter à l’injuste, et continuer à avancer avec justesse

En quittant le Cambodge, nous tentons de rejoindre le Laos par voie terrestre. Mais là encore, nous faisons face à des difficultés. Des postes-frontières corrompus, des agents qui réclament des “frais” officieux. Il faut négocier, insister, garder son calme. C’est une épreuve. Une de plus.

Mais nous la traversons ensemble. Et ce que nous retenons, malgré la fatigue, c’est que même dans l’inconfort, nous grandissons. Ce voyage ne nous embellit pas toujours. Mais il nous renforce dans nos convictions. Et dans notre envie d’agir avec mesure, de bâtir une entreprise qui n’exploite rien ni personne, et qui tient ses promesses dans le temps.

Les podcasts

Épisode 42

Rentrer avec une nouvelle exigence : du vrai, du simple, du profond

Épisode 41

On laisse derrière nous des paysages… mais on emporte l’essentiel

Épisode 40

Quand chaque étape est un défi, mais que la magie opère toujours

Épisode 39

Découvrir une forêt primaire au rythme des légendes et des coutumes

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